vendredi 27 juillet 2012

Le Ballon Bleu

Les vacances arrivent à grands pas pour ma part!

En cette période estivale, voici un petit texte pour voyager, écrit il y a quelques années déjà dans le cadre d'un atelier d'écriture animé alors par Michèle Souchet-Gavel (elle a depuis participé à cet ouvrage http://associationzyggy.free.fr/EditionsRueNantaise/articles.php?lng=fr&pg=277
dont je vous recommande la lecture au passage!)


Le ballon bleu

Toutes les classes attendaient les conditions idéales d’un grand vent depuis une éternité: trois longs jours interminables. Réunis dans la cour, les élèves lâchèrent enfin leur ballon au coup de sifflet du directeur. Des ballons noirs, blancs, bleus, rouges et jaunes, qui ballottés en tous sens investirent librement le ciel dans la plus grande anarchie. C'était vachement beau.

           Le mien était bleu. Il était gonflé d’hélium, moi d’espoir. Je l’ai protégé des lignes électriques en le dirigeant par télépathie avec les yeux. Un de ces super-pouvoirs que l'on a quand on est enfant et qui disparaît un jour sans prévenir... J'ai finalement perdu de vue mon ballon, mais il me semblait bien parti et j'étais fier de lui. Par contre, celui de Nicolas s’était pris dans un arbre juste à côté du garage tenu par son père. A peine 30 m, c'te honte ! Il se fit pas mal charrier, mais lui au moins, il n'aurait pas à attendre qu’on lui renvoie sa carte…

Durant les semaines qui ont suivi, on a reçu les premières par la poste. Le ballon de Laetitia battait tous les records: il avait été jusqu’à Strasbourg! On était tous dégoûtés.

Puis le temps passa, mes horizons s’élargirent. Je laissais mes sillons dans la poudreuse lors de notre classe de neige à Bachaboulou (dans les Alpes!), puis je me téléportais via le TGV à Lyon, après que ma classe eut gagné un concours organisé par la SNCF. A Pâques, j’accompagnais un copain à Châteauroux, j'y jouais au chevalier avec son grand-père et y appris le sens de la maladie d'Alzheïmer. Bref, je menais une vie vraiment trépidante.

Autant dire que j'avais oublié depuis bien longtemps ces ballons incapables d’aller plus loin que l’Alsace! Mais Monsieur Via, notre instituteur, nous sortit un beau matin une nouvelle carte de sa manche. Dessus, le numéro de Manu, mon meilleur pote, était inscrit. Son ballon était arrivé en Autriche!

ça changeait tout! L'Autriche ça sonnait rudement bien. D’ailleurs on était pas en guerre contre eux? Non? Bon dommage… Mais à cette grande nouvelle les Sans-carte reprirent espoir.

Le Maître fier de son petit effet, étala au tableau la mappemonde avec les différentes trajectoires des ballons retrouvés, et il y ajouta avec un marqueur celle d’Emmanuel. On imaginait nos petites montgolfières toujours en activité survolant des troupeaux de chevaux sauvages ou même de mammouths. Le plus dur restait encore de prononcer le nom de ces contrées lointaines, forcément barbares et exotiques.

- Et M’sieur? ça serait possible qu’on en retrouve un en Chine ?
- Oh oui sûrement…répondit Mr Via

Alors on a attendu.

...

Et depuis, j’attends toujours des nouvelles de mon ballon bleu.

J’attends ma carte.